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La crise que viennent de traverser les universités pourrait durablement entacher leur image, même si heureusement leurs filières les plus réputées seront préservées. C’est l’occasion de s’interroger sur les faiblesses de leur stratégie d’information interne, qui sont apparues crûment. Alors que beaucoup d’entre elles s’engagent, certes timidement, dans des stratégies de communication, elles oublient souvent que faute d’une stratégie d’information basique, la communication interne et externe fera pschitt. Mais au fait, pourquoi l’information ne circule-t-elle pas ou mal ?

A l’université, plus qu’ailleurs, les émetteurs d’informations sont multiples : ils reflètent le cloisonnement du système, la multiplicité des statuts dont témoigne la difficile convergence des systèmes d’information. Même la Cour des comptes a du mal à s’y retrouver sur l’exécution du budget 2017 et parle “d’une insuffisante consolidation de l’information financière en ce qui concerne les crédits extrabudgétaires du PIA attribués aux opérateurs (…).

Imaginons donc la difficulté de la tâche pour simplement informer, au vu du foisonnement des donneurs d’ordre et des injonctions contradictoires ! Et l’enseignant-chercheur est par nature un émetteur d’information qui ne se contrôle pas 😉. D’autant que les pouvoirs publics continuent de multiplier les annonces qui “polluent” le travail des établissements, ce que l’on pourrait résumer par ceci : “dans le cadre de votre autonomie vous devez faire ci ou ça”. 

Côté établissements, la dualité administration-académique, une question toujours en débat dans le système universitaire, induit souvent des parasites sur la ligne. Et mettre en place une politique cohérente d’information interne n’a jamais été une priorité, quand il fallait d’abord professionnaliser les fonctions GRH, budgétaires, immobilières, informatiques etc.

Pourtant, comment expliquer, de façon pédagogique, les orientations budgétaires de l’établissement ? Comment préparer les personnels aux conséquences de décisions nationales sur le fonctionnement (l’exemple de Parcoursup) ? Comment expliquer les changements à l’ANR, non pas aux gens seulement concernés, mais à toutes les communautés ? En un mot, la complexité de notre système ESR rend la communication interne … complexe !

Une cacophonie informationnelle qui nourrit les “fake news”

Résultat, les établissements passent leur temps, au mieux, à courir après l’information déjà diffusée, plus ou moins bien, dans leurs communautés. Et ils donnent rarement le tempo. Dans le même temps, les réseaux formels ou informels (pas seulement disciplinaires), les syndicats, tout le monde communique, souvent en temps réel. Sans parler de la communication propre des organismes de recherche, et évidemment de la kyrielle de structures que mes lecteurs connaissent et dont je leur épargne la liste.

Ainsi, lorsqu’une réunion se tient avec les organisations syndicales, ces dernières font en général rapidement, ce qui est leur fonction, un retour aux personnels, et gagnent évidemment toujours la bataille de l’information. Les dirigeants des universités, opérateurs locaux où convergent toutes les mises en œuvre, doivent donc jongler avec l’émission d’informations venant de toutes ses structures. Cette multiplicité, non contrôlable, peut vite devenir, non pas une source de débats, mais anxiogène, polluant la réception de l’information.

Les récentes fusions d’université ont d’ailleurs mis en lumière l’enjeu de l’information interne, préalable incontournable pour obtenir l’adhésion. Et j’ai été frappé par l’investissement personnel des présidents qui sont allés à la rencontre de leurs communautés, un travail titanesque. Mais c’est un “one shot” avec des établissements de milliers de personnels. Sauf à ce que le président renonce à sa fonction essentielle, présider.

Parier sur l’intelligence collective

Lors de mes visites dans les établissements, mes échanges avec des enseignants-chercheurs, des Biatss démontrent toujours la même chose : les écarts en matière de niveau d’informations sont énormes. Aucune technique, quelle qu’elle soit, ne peut apporter une solution. Le véritable pari de la communication interne, c’est le pari de l’intelligence.

Toutes les universités sont structurées (composantes, labos, services etc.) mais disposent surtout de leadeurs d’opinion. Prenons l’exemple de Parcoursup : les leadeurs d’opinion contre la loi ORE ont fait la pluie et le beau temps, travaillant collectivement, utilisant les réseaux sociaux et des argumentaires extrêmement rodés, parfois percutants, parfois non. En face, les leadeurs d’opinion sont apparus au sein de leurs établissements souvent démunis, occupés à mettre en œuvre la procédure.

Les 2 chaînons manquants

Soyons clairs : aucune stratégie de communication ne peut interdire la diffusion de “fake news” ou plus prosaïquement s’affranchir des tensions et débats politiques. Il s’agit simplement de choisir le terrain du débat et de permettre à une opinion publique “universitaire” de faire ses choix en connaissance de cause.

Les personnels (Biatss et enseignants-chercheurs) perçoivent difficilement le système dans sa globalité, et surtout ses évolutions, qui plus est dans un pays qui a la “réformite” bien ancrée. S’ils connaissent bien leur environnement de proximité (service, composante, laboratoire), la stratégie de leur établissement leur échappe souvent. Mais surtout, ils sont complètement coupés des enjeux nationaux, qu’ils découvrent au dernier moment.

Des établissements très peu nombreux à vrai dire, délivrent une information régulière et plutôt de bonne qualité sur la vie interne. Mais quasiment aucun ne dispense une information sur les enjeux nationaux. Et c’est ainsi que cette information nationale est préemptée, à leur niveau, par l’ensemble des acteurs, du MESRI aux syndicats.

Les universités laissent ainsi un trou béant

  1. sur le rythme de diffusion de l’information, la plupart du temps irrégulier et à contretemps
  2. sur le contenu national de celle-ci, abandonné à d’autres acteurs que l’institution.

C’est donc un travail de longue haleine qui est nécessaire, exactement l’inverse d’un travail en réaction, suiviste. Informer et former les personnels sur les enjeux nationaux, sur la vie universitaire en général requiert un travail continu, justement lors des périodes d’eaux calmes. Si l’université française veut être le stratège et le pivot, elle ne peut déléguer sa politique d’information : elle doit occuper le terrain et jouer la transparence, condition de la démocratie universitaire.

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One Response to “Communication interne : les 2 chaînons manquants”

  1. Absolument d’accord sur tout, évidemment… En particulier, les présidents d’Université doivent être convaincus de la nécéssité d’établir une cartographie des preneurs de paroles au nom de leur établissement, donc s’appuyer sur une équipe solide (pas seulement des enseignants-chercheurs), partager avec elle l’information stratégique, et lui faire confiance…
    Il sera intéressant d’assister aux échanges des professionnels de la communication du supérieur lors du prochain colloque de l’ARCES en juin précisément sur le thème de la communication interne.

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