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Benjamine de l’académie des Sciences, la mathématicienne Laure Saint-Raymond y a prononcé un discours sur la science dont elle rêve. Ses constats interpellent autant les gouvernants que les scientifiques eux-mêmes, en particulier ceux qui sont considérés comme les meilleurs. Surtout elle livre un plaidoyer pour “redonner un peu de prestige à l’université” et s’appuyer sur 2 piliers, diversité et créativité. Sans esquisse de réelles réponses au problème qu’elle soulève, ce qui montre l’impuissance de la communauté scientifique à s’organiser pour penser des évolutions qu’elle juge nécessaires.

Dans un discours de 15 mn, la professeure de l’ENS Lyon livre un plaidoyer, déjà entendu ailleurs et par d’autres, regrettant la multiplication des appels à projets et la course aux financements, mais aussi la multiplication des prix et des distinctions, ou encore des classements. Elle (s’)interroge : jusqu’où ira-t-on dans cette voie qui a des conséquences, selon elle, négatives ?

Mais elle élargit son propos, avec une hauteur de vue que l’on aimerait voir partagée, sur le rapport au temps dans la recherche, sur le rapport au collectif, sur la diversité et la créativité et sur l’université. Issue des filières élitistes françaises traditionnelles, elle met l’accent sur cette priorité “Changer ce qui ne va pas : la mauvaise réputation de nos universités”.

Le rapport au temps. Le concernant, elle énonce une vérité que peu osent avouer : les scientifiques ne consentent plus à “cet effort de lecture approfondie” si nécessaire. Face à la course aux financements, aux publications, aux distinctions (veut-on produire des stars ? regrette-t-elle), même cette profession est entrée dans l’ère du zapping.

Et puis la science c’est d’abord l’imprévisible, les chemins de traverse qui font qu’“il n’est pas raisonnable de planifier.” Elle oppose à la planification l’éloge de la lenteur, de la créativité, de la diversité des approches.

Le rapport au collectif. Elle juge qu’il faut favoriser des collaborations plutôt que de la compétition. Elle “déconstruit” au passage l’idée que l’excellence serait dans les collaborations internationales. Pourquoi ? Car selon elle, elles se déroulent souvent en terrain connu, sans réelle prise de risque.

Ce qui fait l’excellence. Son fil rouge, c’est l’inconnu, l’inattendu, le risque. Selon Laure Saint-Raymond, l’excellence pâtit en France d’un manque de diversité à tous les points de vue (même si elle est dubitative sur les quotas). Mais elle souligne qu’en diversifiant les cursus “on multiplie les chances de trouver des esprits originaux”.

Les universités. C’est sans doute le point le plus surprenant de son intervention, au vu, comme elle le précise, de son cursus honorum : elle voudrait “redonner un peu de prestige à nos universités”. Sans doute parce que de son point de vue, c’est là que l’on peut y déceler des esprits décalés, originaux et divers, indispensables à la science.

Louable préoccupation, que l’on entend trop rarement dans des lieux où les organismes de recherche ont régné en maître. Mais la réalité observée partout, c’est la faible implication des scientifiques dans leur établissement pour peser.

Il faut reconnaître qu’un chercheur quel qu’il soit ne s’y retrouve pas dans le dédale des complexités de l’ESR français. Alors, faute de mécanisme de représentation satisfaisant, il reste dans son labo, et met des barbelés pour que personne ne l’embête : on l’a vu lors des blocages d’établissements, le chacun pour soi a été la règle.

L’avenir nous dira si les scientifiques français les plus reconnus s’impliquent réellement dans leur université, ou si ce n’est une fois de plus qu’un vœu pieux.

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