Mes choix d’actualité de ce début d’été dans l’ESR

L’accumulation de rapports sur l’ESR n’interdit pas de les lire pour en tirer des idées même si l’on sait que la plupart finissent dans les tiroirs… Celui des Assises du financement des universités ne se réduit absolument pas à sa proposition médiatisée d’augmentation des droits d’inscription. En résumé, débattre du financement des universités, c’est débattre des charges de personnels et du patrimoine immobilier. Et puis l’actualité de ce début d’été, c’est une proposition de loi de la Gauche sur les bourses qui démontre soit du cynisme soit un manque incroyable de sens politique, un antisémitisme ‘résiduel’ qui reste bien ancré dans l’ESR et enfin les effets délétères de la ‘starisation militante’.

Le rapport appelle à diversifier les sources de financement et à augmenter les droits d’inscription à 900€ en Licence et 1 300 €. en master, ce qui rapprterait 1,5 milliard d’euros net. Mes lectrices/lecteurs connaissent ma position : sur ce sujet, le véritable débat est la sécurisation de la part du financement public, ce que prône le rapport. Il souligne surtout que les universités « se heurtent pourtant à des règles et des contraintes multiples, à un système de financement en partie imprévisible, mais aussi à leur propre culture au sein du milieu universitaire. » Car « les équilibres internes entre les disciplines ont une influence forte sur l’offre de formation, pas toujours alignée sur la demande des étudiants et celle des acteurs socio-économiques. » Quelle surprise 😄 !

Des constats réalistes et nuancés

Le mirage des ressources propres. Il souligne, à rebours des visions catastrophistes et misérabilistes, que le financement des établissements « repose à 76 % sur la SCSP en 2025 » et que « les ressources d’origine privée restent marginales » : l’université vendue au patronat ce n’est pas pour demain 😉 ! D’autant que justement les universités ne savent pas se vendre : « trop peu d’universités raisonnent en coûts complets pour piloter leurs activités ». Sans comptabilité analytique les ressources propres « sont un mirage qui n’apporte pas des ressources complémentaires, mais de la marge négative.«  

L’effet personnels contractuels. Les effectifs sont même passés de 155 986 équivalents temps plein travaillés (ETPT) en 2018 à 172 873 ETPT en 2025. Mais « grâce » au recrutement de contractuels… Non négligeable, la hausse de la masse salariale est passée de 10 786 M€ à 13 510 M€ entre 2018 et 2025.

Des appels à projet non soutenables. Le rapport alerte sur la montée en puissance des financements compétitifs qui « pose une question de soutenabilité. » Car « le non-respect de la trajectoire financière, pour l’ANR, de la loi de programmation de la recherche (LPR), ainsi que les baisses de financements attribués par France 2030 sont des alertes à prendre en compte. »

Une GRH bridée par le centralisme. La description (pas surprenante) de la gestion des ressources humaines dans les universités pointe l’absurdité du partage de la gestion entre ministère, rectorats et universités. Et plaide pour une véritable autonomie. Ce qui suscitera évidemment l’opposition des syndicats. Le rapport souligne que « l’évolution et la montée en compétences des équipes au sein des universités sont cruciales. » Et qu’en parallèle, « l’État doit renoncer à ‘forcer’ les universités à recruter des personnels contractuels temporaires pour assumer certaines de ces missions. »

Le caillou à 4 milliards d’euros du CAS Pensions. Le rapport propose de neutraliser les effets de la hausse régulière du CAS Pensions supportée par les universités (au travers du taux de cotisations). Je note cependant la contradiction de pointer la charge du CAS Pensions tout en affirmant comme Bercy que la France est dans la moyenne des pays de l’OCDE ! Revenons donc sur le chiffrage du CAS Pensions pour les universités.

Le rapport sur l’exécution budgétaire de la Cour des comptes sur le CAS Pensions est (presque) clair sur les chiffres. Si la Dgesip donne le chiffre pour 2025 de 603 millions d’euros cumulés de hausse (ce qui ne veut rien dire !), la commission mixte paritaire du Parlement a chiffré pour 2026 le relèvement de 4 points du CAS « Pensions » à 198 millions d’euros pour les universités. Une simple règle de 3 montre un CAS Pensions de plus de 4 Mds€1. Certes, si les universités (et leurs personnels) contribuaient comme les salariés du privé (Cf. la fiche FIPECO) ou leur homologues étrangères, on ne passerait pas d’un taux de 84% à 0, mais il y a quand même une marge énorme ! A défalquer de la subvention pour charge de service public de chaque université : les présidents et DGS peuvent se mettre à leurs calculettes ! Et embaucher des contractuels qui coûtent moins chers ?

Un train peut en cacher un autre : les départs en retraite. On le sait mais les échéances approchent : des milliers de chercheurs et enseignants-chercheurs vont partir à la retraite. Ce qui signifie pour les universités un allègement de leur masse salariale avec un GVT négatif et le besoin de recruter des milliers de docteurs : les départs en retraite des enseignants-chercheurs devraient s’accélérer de 5,4 % par an, soit 78 % entre 2024 et 2035 !

L’échec du mécénat. Le rapport note que « les recettes issues du mécénat et des fondations font, pour leur part, l’objet d’une progression très significative depuis 2018, à hauteur de 258% » Oui, mais en réalité, c’est 0,1% des recettes des établissements pour un montant de 21 M€ !

Bourses : le bâton pour se faire battre de la gauche

La gauche se réveille un peu tard ! Après avoir ouvert un boulevard au gouvernement pour ne pas faire la réforme des bourses qui était envisagée, en revendiquant le repas à 1 euro pour tous (400 Millions d’euros minimum), la gauche se réveille sur les bourses. Très bien mais elle ajoute seulement une rustine, en proposant une « loi d’urgence », adoptée à l’Assemblée nationale, indexant automatiquement les bourses sur critères sociaux sur l’inflation et en les versant sur douze mois au lieu de dix. Avant l’examen au Sénat. Ph. Baptiste a estimé qu’un « acte II » de la réforme des bourses doit « respecter les marges de manœuvre budgétaires » du PLF 2027. CQFD : l’argent étant parti ailleurs grâce à la gauche, les boursiers attendront…On admire soit le sens politique, soit le cynisme.

Antisémitisme ‘résiduel’, encore et toujours…

Une étudiante de l’université Paris‑I Panthéon‑Sorbonne a donc été condamnée à quatre mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris le 5 juin 2026. Elle était accusée d’actes antisémites visant trois étudiants sur les réseaux sociaux survenus en septembre 2025. Et Julien Théry, professeur à Lyon 2 est condamné par la section disciplinaire de son établissement à 18 mois d’interdiction d’exercer avec privation de traitement ! Il est reconnu fautif sur les deux motifs invoqués dans l’acte de saisine déposé par la présidente : « manquements au devoir de dignité, de mesure et d’exemplarité » et « atteinte à l’image et au fonctionnement de Lyon-2″. Il est typique de l’alliance rouge-brun pour celles et ceux qui ont eu le temps de consulter ses posts Facebook dans lesquels il reroute compulsivement des posts antisémites (‘juiverie internationale », caricature avec nez crochu, association Bruel/CRIF et j’en passe…). Et une fois de plus, une pétition d’universitaires (signée aussi par des dentistes retraités) le défend 2, comme si la cause palestinienne autorisait tout. Et comme si ce n’était pas ses pairs qui l’avaient sanctionné. Et comme si les sections CGT et SUD-Éducation n’avaient pas fait de même.

Et que dire de F. Burgat condamné pour son soutien au terrorisme du Hamas (vous savez le fameux colloque du Collège de France) tandis que l’antisémite complotiste F. Albanese continue, comme Staline ou Castro en leur temps, à fasciner les intellectuels français. Vous n’y croyez pas ? Écoutez son passage sur la chaine de l’antisémite d’extrême droite américain Tucker Carlson, qui est financé par le Qatar, un modèle bien connu de démocratie… Qui a remarqué qu’elle refuse de condamner les massacres des mollahs ? Ah, j’avais oublié, ils ne sont pas juifs.

Les ‘stars’ médiatiques et la « science » militante

Beaucoup s’inquiètent des atteintes à la liberté académique. Pourtant, au mépris des recommandations du comité de déontologie de l’ESR ou encore des différents comités d’éthique des ONR, des scientifiques s’expriment, à la façon du sociologue antivax pro Raoult L. Mucchielli sur tous les sujets qui n’entrent pas dans leur champ de compétences. J’ai entendu des biologistes parler des cancers pédiatriques à la place des sociétés de cancérologues, un astrophysicien médiatique A. Barrau parler de tout, etc. Non pas avec leur casquette de citoyen, mais de scientifique. On a même une spécialiste du climat d’il y a 200 000 ans invitée sur le service public pour dire du mal…de la climatisation ! Les Madame Michu du café du commerce universitaire… mais qui en réalité nourrissent le complotisme.

Décidément la médiatisation tourne la tête de tous ces spécialistes qui deviennent des « toutologues » : je ne résiste pas à vous proposer de lire le véritable réquisitoire scientifique de Nicolas Todd (CNRS-MNHN et université Paris Cité) sur le livre ‘la peste noire ‘ de P. Boucheron. Et en plus c’est drôle !

Heureusement, nous avons Alain Aspect qui pour l‘Express n’y va pas par quatre chemins : « Beaucoup de journalistes sont fiers d’expliquer qu’ils étaient « nuls en maths » et en physique quand ils étaient à l’école et je pense que cela contribue considérablement à dévaloriser l’idée que la science est une culture, puisque nous avons des gens qui apparaissent comme cultivés, qui sont des leaders d’opinion, et qui se glorifient d’avoir été nuls en sciences. Est-ce qu’on entend des gens se glorifier de n’avoir jamais entendu parler de Victor Hugo, Goethe ou Shakespeare ? Non, jamais ! » A méditer notamment sur un service public qui s’est surpassé contre le nucléaire, la climatisation, les OGM etc.

  1. La Cour des comptes évalue à 6,7 Md€ la contribution employeur pour les fonctionnaires civils d’État employés par des établissements publics. Or les universités en représentent la majorité ! ↩︎
  2. L’historien P. Boucheron l’avait signée mais son nom été retiré ensuite. Manipulation, lâcheté personnelle ? ↩︎

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