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L’exemple d’intégration d’une école privée d’ingénieur dans un nouvel établissement universitaire à Cergy fera-t-il…école ? En tout cas, cela ouvre une nouvelle étape qui pourrait faire réfléchir à la paranoïa ambiante sur fond de guerres picrocholines. Car ce qui est désolant dans les débats franco-français, c’est la place incroyable des fantasmes, la plainte permanente et la difficulté à partager des projets. Stratégie défensive, avec des coupables et des perdants, ou stratégie offensive avec des gagnants ?

On débat du CNRS ? On veut le faire disparaître ! On questionne les IUT ? On remet en cause leurs acquis ! On veut réformer l’Université ? On menace le savoir académique ! Et bien sûr, si on discute des écoles d’ingénieurs, c’est que l’on veut leur mort… Ces fantasmes (car il s’agit bien de fantasmes) sont nourris par ce qui a constitué la matrice de l’ESRI français depuis plus de 20 ans : l’esprit de système. En symétrie, côté pouvoirs publics, on a bâti consciencieusement des moules dans lesquels tout le monde doit se fondre, crispant et épuisant les communautés.

Les visions catastrophistes semblent partagées, à la fois par ceux qui annoncent la fin du monde en permanence mais aussi par des dirigeants d’établissements. Alors qu’ils bataillent pour le maintien de leurs “identités”, ils ont la dent dure quand il s’agit de parler de l’isolationnisme britannique du Brexit. 2 poids, 2 mesures.

Remarquons que depuis des décennies, on a toujours eu plus de facilités à ajouter des structures qu’à en supprimer ! Et en parallèle, depuis des années, au nom de l’émergence de pôles visibles internationalement, on a confondu la compétition scientifique avec la planification “à la française” et multiplié les dispositifs.

De ce point de vue, les académiques ont su eux aussi rivaliser avec les énarques qu’ils décrient sans cesse ! Et qu’on ne dise pas que ceci a été préparé dans le secret des cabinets ministériels lorsque l’on voit au niveau des sites les batailles de chiffonniers dès qu’il s’agit de faire évoluer un labo, une composante, un service !

Le résultat de tout ceci est une multitude de débats théologiques qui oublient la plupart du temps les étudiants et l’intérêt général. Ainsi, parler des écoles d’ingénieurs dans ce pays semble compliqué, clivant. Les commentaires sur ce blog (ou ailleurs) suite à mon dernier billet sur le sujet apportent cependant des idées et font vivre le débat (Cf. infra).

Une note d’optimisme : Cergy et “CY Cergy Paris université”

Mais on ferait bien de s’intéresser au projet réellement novateur de Cergy : entre autres, l’intégration d’une école privée d’ingénieurs dans une nouvelle université, CY Cergy Paris université. Selon les statuts votés, elle remplira “les missions d’une université de technologie à vocation pluridisciplinaire, fortement tournée vers l’international”.

Au 1er janvier 2020, elle se substituera donc à l’université de Cergy-Pontoise, à la Comue ‘université Paris-Seine’ et à l’EISTI. L’école pratique de service social et l’Ileps deviendront quant à eux des “établissements composantes”, tandis que l’ESSEC sera associée à l’établissement expérimental selon des “modalités particulières” pour la mise en place de l’isite et participera à “un directoire”.

Bref, on réduit les structures, on intègre et surtout le projet s’accompagne d’une réorganisation académique du site autour d’une école universitaire des premiers cycles et de 4 ‘graduate schools’. Et le comble 😀, c’est que l’’établissement expérimental a vocation à délivrer le titre d’ingénieur par sa grande école de sciences, d’ingénierie, d’économie et de gestion, dénommée ‘CY Tech'”. Cependant, les étudiants qui en feront la demande pourront recevoir, à la place de ce diplôme, celui de l’Eisti.

Derrière cette intégration il y a un projet plus vaste de transformer ce pôle CY Tech, quantitativement avec une hausse programmée des effectifs, et qualitativement (pédagogie, pluridisciplinarité, apport du design etc.).

Mieux, la transformation va jusqu’à autoriser 🙂 CY Cergy Paris Université à “recevoir les biens, droits et obligations de l’École internationale des sciences du traitement de l’information, de plein droit, le 1er janvier 2020”, et à se substituer aussi à l’Eisti “pour les personnels titulaires d’un contrat de travail conclu avec cette association”.

A faire frémir dans toutes les écoles d’ingénieurs françaises : d’envie ou de peur ?

On va évidemment, avec cette morgue caractéristique qui irrigue certains secteurs, qu’il ne s’agit “que” de l’EISTI. Oui mais dans un monde qui nécessité agilité et réactivité, les auto-proclamés “excellents” devraient réfléchir différemment : nous sommes le pays qui du haut de son arrogance a quand même raté quelques tournants.


Écoles d’ingénieurs : suites

Mon propos était somme toute assez simple avec une question : la fin de l’exception française des écoles d’ingénieurs sera-t-elle due à la “politique de site” ou plutôt à une lente mort scientifique programmée ? Car la catastrophe annoncée ne l’était pas par moi mais par la Cdefi et la CGE 😉 !

Un lecteur (“Estibere”) comprend de mon billet, que l’intégration des écoles d’ingénieurs dans les universités viserait à nier leurs spécificités dans le service rendu à l’étudiant pour les aligner sur les supposées faiblesses des universités.
C’est le symptôme que j’évoquais plus haut sur les fantasmes qui agitent périodiquement le monde académique. Derrière ce débat pointent la méconnaissance, voire le mépris classique, de ce que serait l’université, fabrique à chômeurs etc.

De son côté, Michel Bessiere propose l’extinction à terme des CPGE et une réintégration des Grandes écoles comme composantes des universités. Pour ma part, je pense que ce modèle des classes prépas vit ses dernières années (il suffit de regarder ce qui se passe dans les Business schools). L’enjeu est plutôt une intégration positive au monde universitaire, ce qui est rendu possible aussi par la nature du corps professoral, de plus en plus PhD.
Claude Boichot prône lui “la synergie franche, l’équirespectabilité de toutes les formations et le souci permanent de l’intérêt général” qui “devraient inspirer tous ceux qui prétendent être des Maîtres qui inspirent les étudiants d”où qu”ils viennent et où qu’ils soient”.
Jean-Michel Jolion souligne qu’il est “impossible que l’État continue de financer des concurrences stériles car trop souvent, nos établissements publics oublient qu’ils sont publics (donc dépendant de la même ligne budgétaire, le P150) et avec une mission collective de service public de l’enseignement supérieur et de la recherche.”

Quant à Bernard Belloc, il propose de regarder le statut de Polytechnique ou d’HEC de l’U de Montréal. A ma connaissance ces deux écoles n’ont pas la personnalité morale au sein de l’U. de Montréal, mais les statuts montrent une grande relation de confiance entre l’U de Montréal et ses écoles. Et cela vaut tous les dispositifs juridiques du monde.”  Il estime que le projet d’Institut polytechnique de Paris “peut réussir justement pour cela:  très cohérent, et volonté de construire une université sur un modèle international standard. Pas comme feu ParisTech !”

Je laisse le mot de la fin à “JLP” et sa question : “Et si la vraie révolution était que les meilleurs étudiants français accèdent au doctorat … Regardons avec précision les taux de poursuite en thèse des élèves ingénieurs : de 5 à 20 % dans les meilleurs des cas et en moyenne autour de 7% ! Le principal échec de ce systèmes tubulaires fortement dépendant des réseaux c’est de faire sortir du système éducatif nos meilleurs talents en devenir sans leur laisser la chance d’un temps long d’approfondissement au contact de l’inédit et de l’aventure intellectuelle !”

 

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One Response to “Écoles d’ingénieurs, universités : esprit de système ou projet ?”

  1. A noter, ce sont uniquement les étudiants de l’EISTI inscrits avant 2020 qui pourront demander un diplôme de l’EISTI. Les suivants auront un diplôme CY Tech. Au 1er janvier 2020, nous ne formerons plus qu’un ! Avec de l’ambition pour cette Grande Ecole, certes, mais surtout beaucoup de passion et d’engagement de la part de toutes les équipes !

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