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Ayant l’expérience de Ravel, APB et maintenant Parcoursup, je me suis toujours méfié des réactions à chaud ou des micro-trottoirs. Cependant, pour Parcoursup, tube obsédant du printemps et de l’été, on peut déjà tirer quelques enseignements, même s’il faut rester prudent en attendant les chiffres définitifs. Mais le gouvernement a commis une double erreur en étirant la procédure et en clamant partout que tout allait bien, à quelques détails près. Conséquence, il a perdu la bataille de l’opinion publique qui voit bien, par exemple, que les problèmes de logement, déjà compliqués, le sont encore plus. Mais plutôt que de parler de catastrophe, une analogie sportive convient mieux : contre-performance.

Comme toujours dans la gestion de l’État français, il faut distinguer la politique suivie et son exécution. Et là on ne pourra pas accuser les énarques car les universitaires étaient et sont aux commandes. La crispation fonctionnelle entre le cabinet et la Dgesip a largement compliqué la procédure, un peu comme si la Dgfip et le cabinet à Bercy ne travaillaient pas ensemble  sur le prélèvement à la source (mais c’est aussi possible😀 !).

Le discours de la ministre lundi 22 août sur France Inter affirmant que 63 000 candidats n’ont pas encore obtenu d’affectation pour la rentrée, parmi lesquels plus de 47 000 jugés “inactifs” mais qu’un peu plus de 591 000 “savent où ils seront à la rentrée” est peut-être formellement juste mais ne répond pas aux interrogations.

En ne reconnaissant pas en premier lieu les imperfections constatées, le message perçu par l’opinion publique est “tout va bien”. Pourtant, péché avoué, faute à moitié pardonnée ! Du coup, la ministre se prive d’un argument majeur : déplacer les débats du terrain polémique au terrain constructif.

Elle aurait pu faire de Parcoursup le cas emblématique où toutes les communautés travaillent à son amélioration, en admettant une période de rodage et en annonçant plus nettement des évolutions.

L’écart entre stratégie et mise en œuvre

La stratégie. Les objectifs suivis, en prenant prétexte du tirage au sort APB qui avait choqué l’opinion publique, était de mettre en œuvre les promesses du candidat Macron en matière d’université, ce que le président élu avait formulé ainsi dans une interview au Point : l’université n’est pas la solution pour tout le monde.

Une des grandes nouveautés était l’objectif affiché de Parcoursup de prendre en compte l’ensemble du système, thématiquement et territorialement. Ses détracteurs y voyaient là une logique de sélection tandis que ses partisans saluaient une logique de régulation, voire de sélection. Chacun était dans son rôle, y compris malheureusement dans les outrances, tout va très bien ou tout va très mal.

On peut dire que l’opinion publique était préparée et acquise à ces changements, face à un système considéré comme obsolète. Il est frappant de constater combien les lycéens, mais aussi leurs professeurs principaux (si j’en crois quelques enquêtes dont j’ai eu connaissance), ont intégré ces logiques de choix. Même chose pour les établissements d’accueil. L’absence de mouvement de protestation chez les lycéens l’a nettement confirmé.

Pourquoi ? Parce que depuis des années on assiste à la montée en puissance des filières sélectives du public (pas seulement universitaire), sans parler du secteur privé.

Soulignons aussi que chez les présidents d’université (élus faut-il le rappeler), et chez de nombreux enseignants-chercheurs la formule d’Emmanuel Macron faisait plutôt consensus, notamment à propos des bacs pros.

La mise en œuvre. Mais au-delà de ce débat, important, de politique universitaire et sur lequel je reviens dans un autre article, il est intéressant de s’attarder sur l’exécution, ce qui en fin de compte est essentiel pour les établissements mais surtout bien sûr pour les familles et les jeunes.

D’abord, il faut reconnaître que l’inquiétude sur les bugs potentiels de la plateforme étaient infondée, même si l’État français nous a habitués à cela (Louvois, Sirhen etc.). Cela a globalement bien fonctionné, dans le cadre qui était fixé évidemment.

Le véritable problème est que le système, plus que les conséquences de la non-hiérarchisation des vœux à mon avis, a été entièrement déstabilisé par l’absence de dates bloquantes pour les réponses, ce qui a engendré stress et inquiétude chez les familles, problèmes matériels (le logement) et difficultés d’organisation pour les établissements.

Cela a permis/conduit des milliers de jeunes à mettre leurs choix en attente, et en cascade évidemment, de bloquer en partie le système, et de déstabiliser les équipes pédagogiques. Cette erreur majeure de conception a des conséquences énormes, dont le gouvernement paie le prix fort en termes d’image.

A la décharge du MESRI, les comportements des jeunes et des familles étaient difficiles à prévoir.

Pourtant, si 591 000 jeunes “savent où ils seront à la rentrée”, nous ne savons pas grand chose de leurs choix initiaux, tandis que quelques dizaines de milliers de jeunes “provisoirement” en souffrance fin août, cela reste un problème.

Une communication du MESRI complètement incohérente

La communication du MESRI a été complètement incohérente : d’abord en soulignant les avantages de Parcoursup vs APB (on va raser gratis), puis en disant que ce n’était pas comparable, puis en disant que c’était mieux, etc. Cette cacophonie a fini par perdre les acteurs les mieux intentionnés.

D’un certain point de vue, au lieu de parler aux familles et aux jeunes, le discours tenu a été un discours pour contrer les opposants à Parcoursup.

Il aurait été plus simple, et de bonne politique, d’adopter la stratégie de Guillaume Pépy à la SNCF qui arrive à passer entre les gouttes de toutes les catastrophes : endosser les problèmes et ne pas dire que tout va bien.

Résultat, l’opinion publique, pourtant favorable, considère Parcoursup (il suffit d’écouter autour de soi) comme une usine à gaz opaque. Le gouvernement va devoir quoiqu’il en dise, corriger le tir, à la fois sur la procédure et les moyens de l’ESR.

Parcoursup n’est ni une catastrophe ni une réussite : c’est une contre-performance, en attendant le match retour.

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