Supérieur et recherche : le vide abyssal des réflexions politiques

Une simple nouvelle nous en dit long sur l’état de notre pays (mais aussi de l’Europe). Les États‑Unis et la Chine creusent l’écart avec les autres pays de l’OCDE en termes de dépenses de R&D, selon une étude de l’organisme. Y a-t-il des politiciens(ennes) influent(e)s qui s’intéressent à la science et à cette question vitale pour le pays du développement d’un ESR performant ? Visiblement non car pendant ce temps, on se déchire en France sur l’ouverture ou non des boulangeries le 1er mai ! Et le PS sort un pré-programme de 144 pages avec à peine 3 pages sur ces questions, et encore…

Jurant leurs grands dieux que l’ESR est indispensable au développement de notre pays (qui ne le dit pas ?), soit ils/elles vendent du rêve (on va raser gratis) soit ils/elles dénoncent, avec parfois l’aide des médias, le supposé matelas de trésorerie des organismes et des universités ainsi que l’inefficacité du système. Pourtant, même la Cour des comptes tord régulièrement le cou à ces légendes urbaines. Elle note dans son Analyse de l’exécution budgétaire 2025 que « les trajectoires budgétaires inscrites dans la LPR ne sont plus respectées », avec des restes à payer qui mettent en péril l’ANR, éternelle variable d’ajustement. Ce qui ne fera évidemment pas la Une ! Dans ce contexte, sa demande de « procéder à des ajustements ponctuels des niveaux de SCSP en cas de trésorerie non‑fléchée inutilement élevée » est anecdotique et ne concerne à la marge que certains établissements.

Du décrochage au crash, l’alerte au CNRS

Une baisse réelle de 13%. Selon AEF.info, qui a repris les données publiques, la SCSP (subvention pour charges de service public) par étudiant est passée entre 2016 et 2024 de 6 882 à 7 279€. Si l’on raisonne en euros constants (référence Insee), les 6 882€ de 2016 valent 8 231€ en 2024 soit une baisse réelle de 13% ! Sans parler des inégalités flagrantes entre établissements. La hausse de 4 points du CAS Pensions des universités a représenté près de 300M€, enlevés aux établissements et aux personnels,  tandis que l’avantage fiscal de la scolarité dans le supérieur pour les familles éligibles à l’IR est lui aussi de 300M€.

22,8% du budget de la Mires en dépenses fiscales. Elles ne cessent de progresser, soit 22,8 % des dépenses 2025 de la Mires pour plus de 9Mds€. Pourquoi pas mais l’effort de recherche des entreprises lui « reste stable à 1,44 % » du PIB selon une note du SIES-MESRE (qui malheureusement donne des effectifs de chercheurs, sans distinguer celles et ceux qui possèdent un PhD).

Alerte rouge au CNRS. Ce n’est pas habituel et est clairement une alerte. Auditionné par la commission des affaires économiques au Sénat, mercredi 29 avril 2026, le PDG du CNRS, Antoine Petit, pointé « l’impasse budgétaire » de son organisme et, dans son langage fleuri habituel a lancé : « vous nous avez ‘piqué’ 500 M€ en deux ans », prévenant qu’il ne savait pas comment son successeur « va boucler le budget l’an prochain », en déficit de 239M€. Ambiance !

Ce que j’analysais comme un décrochage pourrait bien se transformer en crash !

Privé : agir d’urgence et sanctionner durement

Pas de procrastination lorsqu’il s’agit de faire des coupes dans le budget de l’ESR ! En revanche, oui pour la régulation du privé dont l’examen du projet de loi n’a cessé d’être différé. Ce sera peut-être le 1er juin prochain, mais que de temps perdu pour les étudiants victimes au mieux d’opportunistes incompétents au pire d’escrocs. L’ancien président de Dauphine PSL, Laurent Batsch, a fait un travail remarquable d’analyse des comptes d’une partie importante du secteur privé. Il y pointe l’endettement des groupes et on y trouve des perles : le groupe Galileo, soutenu par une banque publique (BPI) ne dépose pas ses comptes, une obligation légale. Et on emm… les universités ?

N’est-il pas temps de couper le robinet de l’apprentissage pour les structures qui ne respectent pas la loi ? Et de l’ouvrir pour les formations sérieuses, en particulier universitaires. Pas dans un an, mais tout de suite ! Cela évitera la mésaventure des faillites, comme celle du ‘Collège de Paris’ (Lire l’enquête excellente de l’Express) et de bien d’autres. Avec des étudiants sur le carreau.

Parcoursup et Mon master : on est loin du catastrophisme apocalyptique !

Le 8ème rapport du Comité éthique et scientifique. Il a cet avantage sur tous les commentateurs de salon, de donner des chiffres précis et surtout de s’inscrire dans une continuité comparative. On ne peut que regretter que la plupart des médias, des partis politiques réclamant la suppression de Parcoursup (de LFI au RN-UDR en passant par le PS) ne semblent pas le lire. De même d’ailleurs que tous ces sociologues militants alignant tribune sur tribune et croyant encore qu’il s’agit d’un algorithme…

Comme nous sommes dans un pays ultra centralisé dans lequel médias et politiques voient souvent le monde au travers de Paris et la rue Saint-Guillaume, rappelons qu’un des problèmes récurrents, non lié à Parcoursup, reste le ‘désert’ des formations professionnalisantes en Île de France, avec trop peu de places en IUT et en STS. Enfin soulignons, au-delà de la baisse probable de pression démographique, la montée en puissance des populations réorientées et en reprises d’études. C’est d’ailleurs l’opportunité de voir autrement la question de l’échec en Licence, dont il faut rappeler qu’il touche aussi les CPGE et les STS. G. Attal veut restreindre l’accès à l’université au profit des filières professionnalisantes. Pas idiot mais informons-le quand même que ça existe déjà à l’université 😊.

Il faut au passage lire cette interview dans Sud Ouest du chef du projet, J. Teillard, qui gère cette procédure, certes perfectible. A comparer avec cet affligeant pré-programme du PS qui prévoit d’« abroger Parcoursup pour recréer un processus transparent et démocratique (sic) d’accès à l’enseignement supérieur, avec une procédure lisible à toutes les étapes, notamment dans les attendus de chacune des formations contrairement au fonctionnement actuel de Parcour-sup. Humaniser le processus d’orientation, car l’automatisation excessive de l’orientation des jeunes a des conséquences directes sur leurs parcours. » Rédigé par un(e) énarque sans doute.

Quant au master, l’absurde ‘droit à la poursuite d’études’ s’est transformé en enfer bureaucratique autour de la procédure de saisine du recteur. Pourquoi ? Parce que la ministre et le gouvernement de l’époque (2017) ont voulu la sélection sans l’assumer… A noter dans le rapport, des développements intéressants sur les masters de Droit et de Psychologie.

Étudiants : toujours cette instrumentalisation politique

Si la droite et l’extrême droite ne se privent pas d’instrumentaliser tout ce qui concerne les étudiants (nuls) et l’université (repaire de wokes et d’islamos gauchistes), la gauche n’est pas en reste pour la caricature. J’en veux pour preuve ce tweet du président des Jeunes socialistes qui fait probablement un concours de misérabilisme avec LFI. Il explique qu’« un étudiant sur deux saute des repas pour des raisons financières ». Et il s’appuie sur l’étude de Linkee que j’avais en son temps ‘débunkée’ : elle porte sur un échantillon (très réduit) d’étudiants…en situation précaire. Alors même que les études de l’OVE, organisme public, nous donnent les véritables chiffres.

Et je préfère moi m’alarmer de la non-réévaluation des plafonds de bourses et de leur montant, alors que le repas à 1€, non ciblé (et qui en plus oublie tous les étudiants éloignés des restau-U) va coûter en année pleine près de 100M€, voire plus. Une réforme des bourses avait été évaluée entre 400 et 500M€… Rappelons que le nombre de boursiers est déjà en baisse en 2024/2025, ce qui, couplé à la baisse éventuelle du nombre d’apprentis débouchera en 2026/2027 sur une baisse inquiétante des aides.

En conclusion, la prise de conscience sur l’état de l’ESR ne semble pas pour demain. Un symbole ? Le pré-programme du PS, indépendamment de son contenu, y consacre à peine 3 pages, et encore, sur 144 ! Quant à G. Attal, il semble découvrir que la recherche et l’enseignement supérieur sont des atouts majeurs du développement économique et social… Et on peut craindre que les réflexions de tous les partis et candidats à la Présidentielle ne soient du même tonneau : un vide abyssal.

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