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C’est décidément une habitude dans l’ESR français : les polémiques autour de l’annonce des frais d’inscription pour les étudiants étrangers extra-communautaires ont porté sur des tas de choses (rayonnement de la France, sélection sociale, voire racisme d’État etc.) mais ont fait l’impasse, dans les propositions, sur la question plus générale des conditions d’accueil. Peut-on viser 500 000 étudiants étrangers en 2027 sans revoir de fond en comble la politique de bourses ? Y aura-t-il enfin une clarification entre MESRI et le MAEDI d’une part, et de l’autre entre l’État et les établissements ?

Pétitionnaires impénitents, guérilleros du Quartier Latin ou pouvoirs publics, personne ne s’intéresse réellement aux conditions de vie concrètes des étudiants étrangers. Ainsi, on évoque le nombre de bourses en oubliant qu’il a diminué de façon considérable, bien avant les annonces gouvernementales sur les frais d’inscription. Et bien sûr on fait l’impasse sur leur montant.

C’est d’ailleurs un point commun avec les étudiants français et européens : le montant des bourses ne fait jamais partie du débat. C’est sûrement trop terre à terre : on assiste à de grandes envolées à propos du continent africain … sans jamais exiger une stratégie d’aides adaptée, qui permettrait de les exonérer des frais d’inscription.

S’y ajoutent, c’est mon opinion, des relents colonialistes dont les étudiants algériens nous montrent actuellement l’absurdité : ce qu’ils veulent, c’est justement étudier dans leur pays ! On a là encore cette passion française pour les polémiques et ce manque de sens pratique qui freine des propositions et surtout des solutions concrètes.

Ces polémiques autour de l’annonce des frais d’inscription pour les étudiants étrangers extra-communautaires ont donc brassé des tas d’arguments (rayonnement de la France, sélection sociale, voire racisme d’État etc.) mais fait l’impasse, sur la question plus générale des conditions d’accueil.

J’ai évoqué ce sujet autour des aspects culturels et comportementaux, avec “le syndrome du garçon de café universitaire”, parce que tout se ne résume pas à la question du montant des frais d’inscription. Le nombre et le montant des bourses en sont un autre versant.

Une diplomatie d’influence défaillante

Remarquons que les annonces du Premier ministre ont mis sur le devant de la scène le MESRI et la hausse des frais d’inscription mais en réalité ont occulté les effets de la politique du ministère des affaires étrangères, qui a la maîtrise des bourses, entre autres.

Seul (sauf oubli de ma part) le Think tank Terra Nova a rappelé que, si l’État s’est engagé à attribuer 8 000 bourses supplémentaires, s’ajoutant aux 7 000 bourses actuelles, ce nombre de bourses du gouvernement français “avait très fortement chuté depuis 2001, passant d’un budget de 104M€ en 2001 à 55,9M€ en 2016, ainsi que 7 000 bourses d’exonération des droits.”

D’ailleurs un rapport du Ministère des affaires étrangères, intitulé “Évaluation stratégique des bourses du gouvernement français” (période 2004-2014, réalisé en 2016, schéma page 13) passé inaperçu, dresse un tableau encore plus précis de l’effondrement des bénéficiaires.

Ce rapport pointe surtout une stratégie défaillante, une absence de suivi et d’évaluation, des problèmes de système d’information etc. Les types de bourses répondent “à des modalités et objectifs précis”, aucun “outil de sélection formalisé et unifié n’est mis à disposition des postes.”

Quant aux “bourses des postes reposent sur une stratégie essentiellement locale et presqu’exclusivement Sud-Nord, plutôt qu’une stratégie globale” tandis que “l’investissement consenti a une tendance à l’éparpillement même si les différentes stratégies à l’œuvre tendent de plus en plus vers la seule attractivité de l’enseignement supérieur et la recherche français.” 

Car à l’image des méandres de l’État français, il faut s’appeler Sherlock Holmes pour en “tracer” l’organisation ! Programmes, actions et sous-actions pullulent, avec 2 poids lourds, le programme 185 “Diplomatie culturelle et d’influence” et le 209 “Solidarité à l’égard des pays en développement”. Simple ?  Pas vraiment, car des BGF sont “également octroyées sur d’autres lignes comme la 105 (‘Action de la France en Europe et dans le monde’) pour ne rester que dans le cadre de la mission ‘Action extérieure de l’État’.”

Je ne suis absolument pas un spécialiste (mes lecteurs pourront m’apporter des précisions/corrections) mais je crois savoir lire entre les lignes des rapports et des chiffres. Le fait que tout ceci échappe totalement au MESRI, et encore plus aux universités est un fait : pourquoi pas ? Mais que le MAE n’ait pas de réelle politique (au sens de la mise en œuvre) semble aussi une réalité ! Il suffit de lire les recommandations du rapport cité plus haut pour s’en persuader !

Des montants de bourses très insuffisants

Au-delà du constat de la baisse du nombre de bourses, irréfutable, un autre mérite que l’on s’y arrête. Terra Nova juge que “l’attribution des soutiens financiers sous forme de bourses et d’exonérations est une clé” pour 3 raisons :

  1. “permettre à de bons étudiants de milieu modeste d’étudier en France ; lorsque leur venue correspond à une priorité politique vis-à-vis de leur pays d’origine, ou à un besoin identifié par un établissement dans le cadre de la stratégie nationale en France ;
  2. pour permettre d’attirer en France des talents ;
  3. pour alimenter les formations et la recherche dans les établissements.”

CampusFrance a une base de données des bourses d’accueil françaises qui en donne un aperçu selon les programmes. Mais pour comparer avec d’autres pays, ce n’est pas simple, sauf pour les USA : les universités y sont responsables de leur recrutement et peuvent attribuer des bourses généreuses qui couvrent tous les frais. C’est leur stratégie d’attractivité.

En Allemagne, selon le DAAD, l’étagement des aides n’est pas le même qu’en France avec 750 € mensuels pour un bachelor, 850 € pour un master, 1800 € pour le PhD et jusqu’à 2000 € pour un Post doc. A la couverture sociale, il faut ajouter une indemnité forfaitaire de déplacement aller et retour. Là encore, une kyrielle d’aides existe (fondations, länders etc.).

En France, de façon générale, les bourses sont versées sur 10 mois et sont comprises (selon son type et son niveau d’études) entre 615 € (L et M1) et 1060 € (Doctorat). A ces montants s’ajoutent la prise en charge de la sécurité sociale, éventuellement le bénéfice des APL et bien sûr la gratuité des frais d’inscription “dans la limite d’un montant plafonné”, (jusqu’à 5 000 € en vigueur en 2018).

Évidemment, ces bourses ne ciblent pas les fameux étudiants chinois (le faux Eldorado qui va réserver des surprises !) : le continent africain et l’Amérique du Sud ont en particulier des publics qui entrent dans ce besoin de bourses.

Or, ces montants semblent faibles : si l’étudiant est d’un niveau qui lui permet de postuler, si ses moyens financiers sont limités, peut-il réellement vivre et se consacrer à ses études avec 615€ par mois sur 10 mois ? D’autant que dans les grandes villes universitaires, le coût du logement explose, ce que les évolutions positives de la Cité internationale universitaire de Paris ne peuvent masquer.

Les pouvoirs publics affichent une volonté de réorienter l’accès à l’ESR français en choisissant des secteurs disciplinaires et des niveaux d’études, en fonction de la qualité des candidats. Mais peut-on viser 500 000 étudiants étrangers d’ici 2027 en faisant l’impasse sur les bourses ?

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One Response to “500 000 étudiants étrangers en 2027 : sans revoir le système de bourses ?”

  1. Effectivement cette absence totale de la question des bourses dans le débat est étonnante. J’avais personnellement tout à fait sous-estimé cet effondrement du nombre de bourses accordées en France aux étudiants étrangers. Car c’est bien d’un effondrement dont il faut parler compte tenu de l’explosion de la mobilité internationale des étudiants sur la même période. Les beaux discours du Quai d’Orsay sur la stratégie d’influence, le soft power etc. font sourire…
    De toute façon, tant qu’universités et écoles n’auront aucune maîtrise des bourses (étudiants étrangers et français d’ailleurs) elles seront des naines sur le plan de l’attractivité internationale quelle que soit la qualité académique de leurs programmes. Et vue l’indifférence de la communauté académique à ce sujet, les choses ne sont pas prêtes de changer.
    Je n’ai jamais vu mes collègues porter ce sujet de facon sérieuse. La CPU n’aborde jamais le sujet, la CGE rarement, et le MESRI a toujours reculé face au Quai d’Orsay, mise à part une tentative de Valérie Pécresse au début de son passage au ministère, tentative vite étouffée par Bernard Kouchner, alors ministre des affaires étrangères, sous la pression de l’administration du Quai d’Orsay.

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