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L’évolution des boursiers de l’ESR sur 5 ans montre l’accroissement de l’écart entre universités et Grandes écoles au niveau des profils des Professions et Catégories Socioprofessionnelles. Même en master, avec plus de 31% de boursiers, dont 8,8% aux échelons les plus hauts, les universités se distinguent nettement des grandes écoles en termes de publics. Avec les BTS, les universités demeurent, par le nombre d’étudiants boursiers, les poids lourds de la démocratisation.

La lecture de l’évolution positive ou négative des inégalités sociales dans l’ESR peut se faire de différentes façons. Les taux de réussite selon les PCS, le niveau de diplôme obtenu etc. J’y suis revenu dans un billet qui montre que le problème n’est pas l’accès à l’ESR mais plutôt les différenciations fortes dans les parcours, en particulier au niveau master et doctorat. La dernière note du MESRI sur les bourses, et ses annexes, permet de poser un diagnostic différencié, notamment à partir d’une évolution sur 5 ans (2012 à 2017).

Pour mieux comprendre, j’ai pris un outil de mesure simple. En effet, sans porter de jugement sur les barèmes, le taux de boursiers est en réalité peu significatif, car la politique des pouvoirs publics depuis des années a été de saupoudrer l’accès aux bourses, gonflant ainsi artificiellement leur nombre (31,4% touchent 1009 € et sont exonérés de droits d’inscription).

Analyser les échelons de bourses 5, 6 et 7 représentant les catégories sociales les plus défavorisées, permet de retracer les différenciations sociales à l’œuvre selon les filières et les structures. Cela représente plus de 219 000 étudiants (sur près de 700 000 boursiers).

Quelles sont les tendances générales ?

D’abord, soulignons s’il le fallait, que les plus forts taux de boursiers se trouvent en BTS avec 55% dont 19,7% pour les échelons 5, 6 et 7, les étudiants les plus modestes.

La proportion de boursiers à l’université baisse d’1/2 point avec des différences internes importantes (voir infra).

Les CPGE progressent ce qui serait dû aux bourses d’échelon 0 et 1. Et contrairement à une idée reçue sur la “non-discrimination sociale” des sciences, c’est en CPGE littéraires que le % de boursiers est le plus important.

La galaxie très diverse des “Grandes écoles” régresse nettement. Le pourcentage de boursiers est particulièrement faible dans les écoles de commerce (14 %) et compris entre 19 % et 27 % dans les autres filières de formations hors université (formations d’ingénieurs, universités privées, etc.).

La proportion de boursiers diminue dans les écoles d’ingénieurs hors universités (24%) même si cette tendance est partagée par les formations d’ingénieurs universitaires. Mais avec 36% de boursiers, ces dernières continuent de se distinguer nettement.

De 2012 à 2017, le % de boursiers en école de commerce est passé de 14,2% à 13,5%, celui des universités 39,2 à 39,5%. Ce n’est évidemment pas illogique vu la hausse des frais d’inscription dans ces écoles.

Master : pas photo entre universités et grandes écoles

Ces chiffres battent en brèche une idée reçue, que j’avais fini moi-même par intégrer : la différenciation sociale entre Grandes écoles et universités, nette lors de l’accès, s’estomperait progressivement pour disparaître au niveau du master. C’est en tout cas ce que la CGE explique depuis des années par la voix de ses dirigeants : il n’y aurait pas un problème spécifique d’inégalités, hormis la procédure d’accès sélectif.

L’argumentation, pas fausse évidemment, est que l’accompagnement à l’orientation et à la réussite est essentiel, et que le “tri” par l’échec opéré en L ramènerait en M tout le monde sur le chemin des mêmes publics, à savoir des publics plutôt favorisés. Un argument que les présidents d’universités n’avaient (sauf erreur de ma part) jamais réellement contesté.

Et bien, pas du tout ! Grâce aux annexes de la note flash du MESRI, on accède à une lecture beaucoup plus fine.

Le cycle master reste évidemment socialement marqué, ce qu’une note du MESRI avait analysé. Mais tout se passe comme si le “paquebot universitaire” continuait malgré tout à permettre à des publics dits socialement défavorisés de poursuivre leurs études.

Les boursiers des échelons 5,6 et 7sont ainsi 7,5% dans les écoles d’ingénieurs universitaires contre 4,9% dans les écoles hors université. Et ils sont 8,8% en master à l’université avec de fortes différences, mais seulement 3,9% globalement dans les écoles de commerce (le MESRI ne donne pas de chiffre master pour les écoles, j’ai donc pris leur chiffre global, qui leur est favorable, sachant qu’il ne peut que diminuer plus on monte dans les études…).

Il faut évidemment apporter un bémol : dans les universités, les boursiers de ces échelons passent de 14,2% en L à 8,8% en M ! Mais avec 31 % de boursiers en cursus Master, les universités se distinguent aussi en volume, un chiffre sans doute lié au poids des masters enseignement qui accueillent une forte proportion de boursiers (43 %), seul donnée différenciée d’ailleurs dans les cursus master.

Que nous disent encore ces chiffres des différences dans l’ESR ?

Les disparités entre académies sont énormes, par exemple entre La Réunion avec 65,8% de boursiers et Paris 24,8%. Les chiffres publiés (ils existent mais n’ont pas été mis à disposition dans les annexes) ne rendent pas compte non plus des différences entre établissements : quoi de commun sociologiquement entre Valenciennes par exemple et Dauphine ?

Des différences sensibles entre disciplines au sein de l’université. On voit bien la différenciation entre, par exemple, AES d’un côté et médecine de l’autre. Avec 12,5% d’échelons 5,6 et 7, l’université est surtout “plombée” par médecine, odontologie et pharmacie, disciplines de plus en plus marquées socialement, comme les grandes écoles. Les données publiées n’ont pas la même précision concernant les masters, sauf pour la distinction avec les masters MEEF.

Des écarts forts entre type d’établissements avec, comme on l’a vu plus haut, un écart qui s’accentue entre grandes écoles et universités.

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One Response to “Même en master, universités et grandes écoles n’ont pas les mêmes publics”

  1. J’ai quelquefois comparé le système scolaire puis supérieur à une colonne à distillation
    fractionnée ( formation initiale de chimiste !) et si on veut avoir une
    vision presque objectivée de la situation en tête de distillation ( le sup)
    il faut regarder les effets de chaque palier de la distillation depuis le
    collège par exemple sinon depuis l’école élémentaire. Le diaporama Internats
    d’excellence construit par Yves Goepfert, contient des données nationales
    qui montrent, justement les évolutions de la composition des CSP entre la
    6ième et l’Ecole Polytechnique.

    Il est remarquable de se souvenir que chaque palier de distillation chimique
    fournit des produits différents mais que les plus volatils ( tête-de-clou colonne) ne sont pas
    forcément les plus recherchés….ni les plus essentiels au développement
    économique. Certes une métaphore reste une métaphore.

    Dès 2005-2006 j’ai proposé des actions suite aux évènements des banlieues
    Un Plan Confiance Ambition Réussite en 15 points dont Cordées et
    Boursiers , Internats , IPRES entre autres…et j ai tenté
    d’apporter , en actes, ma modeste contibution à cette question dite de
    l’ouverture dite sociale du supérieur . Je m’étais préalablement doté de
    l’outil APB version CPGE en 2003. Entre 2003 et 2012 j’ai inlassablement
    porté ce sujet qui me tient à cœur parce que je sais encore d’où je viens !

    En 2006-2007 j’ai analysé les demandes de CPGE selon la nature des lycées
    d’origine et selon le caractère boursier sco ou pas ( commentaires dans
    rapport Salima SAA pages 23, 24..)

    Pour entrer en CPGE il faut d’abord oser déposer un dossier puis ensuite
    avoir une offre positive conforme à l’un de ses voeux, accepter cette offre
    et enfin se présenter en septembre dans la CPGE d’accueil.

    Chacun de ces stades du process mérite attention. Par exemple il y a chaque
    année environ 4000 à 5000 bacheliers ayant accepté une CPGE et dit oui
    définitif et qui ne viennent pas finalement. Certains pseudo experts se
    basant sur le logiciel scolarité ont affirmé à perte de vue que des lycées
    n’envoyaient jamais d’élèves en CPGE …évidemment ils refusaient l’obstacle
    si j’ose dire à la rentrée…mais ils avaient eu une offre positive.

    La soi disant perte des bacheliers qui ne vont pas en CPGE alors qu’ils y
    sont admis ne date pas d’hier et ces candidats admis sur l’un de leurs vœux
    en CPGE représentent sensiblement 10% des candidats qui ont demandé une CPGE
    et qui ont eu une offre positive en CPGE soit de l’ordre (depuis 2012) de 50
    000 sur les 80 000 qui ont déposé au moins une demande de CPGE. Le constat
    stable est possible depuis l’extension nationale d’APB en 2008.

    Ces 5000 élèves de terminales ont bien été candidats avec un niveau
    académique qui les a rendus admis en CPGE après analyse et classement de
    leur dossier MAIS ils sont allés ailleurs et pas seulement à l’étranger. Ce
    vivier important de candidats n’est pas compté par certains « experts »
    comme ayant été admis en CPGE et c’est l’erreur originelle qui rend
    inadaptée et contre productive leur proposition sur les 10% des meilleurs
    élèves .

    Dans ces élèves qui renoncent au dernier moment alors qu’ils avaient franchi
    le premier obstacle de l’auto censure en étant candidat, il y a des
    boursiers scolaires qui renoncent pour des raisons « sociales » (coût de
    l’hébergement en particulier si ils ne sont pas assurés d’être internes).

    La vraie cible de toutes les attentions positives doit être celle des
    boursiers scolaires. Ces boursiers scolaires ne représentent, en 2015-2016
    que 8,47% des étudiants de CPGE bacheliers généraux (ce taux est de 14,52 %
    pour les élèves de terminales générales en 2014-2015) et 21,45% des
    étudiants de CPGE bacheliers technologiques (ce taux est de 23,71 % pour les
    élèves de terminales technologiques en 2014-2015). Une seconde cible
    prioritaire est celle des candidats qui seront des bacheliers de première
    génération dans leur famille ( voir Note Sylvie Lemaire et JP Caille)…Cette
    cible est voisine de 50% des bacheliers professionnels….

    Toute la politique des Cordées de la réussite et des Résidences pour la
    réussite des étudiants boursiers est issue de l’analyse des demandes de
    formations post bac formulées par tous les élèves de tous les lycées et ceci a été
    possible grâce à APB depuis 2003 pour les CPGE. Cet outil ne réduit pas
    la vision à celle des étudiants présents à la rentrée, dans les formations
    où on leur a fait une offre d’admission qu’ils ont toujours la liberté de
    refuser, il permet de piloter l’ensemble des demandes de tous les élèves.

    Le tableau de synthèse 2011-2017 montre l’évolution lente, trop lente des
    boursiers scolaires admis et présents en CPGE.

    Les données APB…donnent à la rentrée 2017 les
    indicateurs : mentions, boursiers sco, boursiers sup (ACB), CSP….en détail
    pour le privé et de façon synthétique pour Public+ Privé. Ces analyses
    annuelles ont été faites depuis plusieurs années.

    Privé : 4553 entrants dont 230 boursiers scolaires soit 5,05 % et souvent
    0% dans les « lycées dits renommés »

    Public : 35568 entrants dont 3845 boursiers scolaires soit 10,8 %….

    L’analyse montre aussi les mentions, les boursiers sup et les CSP ….C est
    ECLATANT !!!!

    La mise en place de ce tri hyper ciblé Mention TB, CSP+++++, boursiers sco
    ——— démarre dès le collège.

    Voir les taux de boursiers dans le public et le privé 2017-2018 RERS page
    327

    Collèges publics 29,8 % Collèges privés 11,3%

    Lycées Get T publics enseignement général : 21% Privé 8,3%

    Enseignement techno : public
    32,3%, Privé 13,8

    Enseignement professionnel :
    public 40,2%, Privé 23,9%

    Pour toutes les formations en lycée en 2017-2018, boursiers sco : public
    28,3% et privé 13,3% ( 27,3% et 17,8% en 2016-2017)

    Entrants en cpge en 2016-2017, boursiers sco : public 10,8% et privé
    5,05%…..

    L’action doit démarrer dès le collège au moins………………. !! Cordées…ou Chemins
    de la Réussite…ou Campus de la Réussite etc…

    Quand on aura accompagné vers le supérieur, sous toutes ses formes, un
    nombre de boursiers scolaires plus proche de celui constaté dans les classes
    terminales par exemple que seulement la moitié de ceux-ci , l’ouverture
    sociale du sup aura pris corps . Cet accompagnement doit aussi être attaché
    aux facteurs repèrables et/ou mesurables associés à la cristallisation d’
    effets inégalitaires :origine géographique, origine sociale, origine
    familiale, origine culturelle, distance au numérique,
    distance au diplôme des parents etc etc.. Cette Politique Publique
    d’accompagnement républicain est en cours depuis 2008 et concerne en flux
    annuel plus de 90 000 élèves et en stock depuis 2008 près de 400000 élèves : c’est
    la Politique d’Equité territoriale, Sociale et de Solidarité nationale dite
    Politique des Cordées de la Réussite.

    Quand on a intégré l existence du continuum de concentration progressive de
    telle ou telle catégorie sociale tout au long du parcours scolaire, il
    devient évident que les actions à engager, pour assurer des conditions
    équitables d’accès aux opportunités positives pour tous les élèves, doivent
    démarrer le plus tôt possible et au moins dès le collège.

    On peut toujours comparer factuellement les répartitions sociales des
    effectifs de telle ou telle formation de niveau L, M, D où on accède
    d’ailleurs , par des cheminements de durées souvent très différentes mais je
    ne crois pas que l’essentiel des actions à mener soit là, sauf si on veut
    comparer pour comparer…. ce qui, souvent, compte tenu de la complexité des
    systèmes de formation, ne conduira pas à des conclusions robustes et pertinentes. Il est aussi très intéressant d associer à une comparaison statique une analyse de cohorte par exemple sur les bacheliers 2008 trois ans après et surtout la note récente sur le devenir des bacheliers 2014 trois ans après.Enfin il faudrait comparer ce qui est comparable,sans biais,par exemple pour suivre l évolution des boursiers tout au long de leurs parcours.Par ailleurs la fiche de l État de l enseignement supérieur et de la recherche 2017 était justement consacrée à une comparaison des emplois du temps d enseignement presentiel et personnel et des rythmes d étude selon les formations : les durées de travail personnel sont éloquentes tout comme les charges de travail presentiel .Toute comparaison n est pas raison . Affirmer n est pas démontrer.

    Claude Boichot

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