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Lire le dernier bilan social de l’ESR, c’est prendre un peu de recul par rapport aux tensions (je parle des tensions budgétaires…) et analyser le verre à moitié vide et/ou le verre à moitié plein : pas d’augmentation de la précarité, voire une légère baisse, mais pas d’augmentation des effectifs d’EC. Le lire, c’est aussi mesurer l’immense déperdition d’énergie d’un système organisé en villages gaulois avec…40 catégories d’enseignants et d’enseignants-chercheurs ou encore un maquis de primes inégales entre universités, organismes, ministères ! Les Comue, IRT, Satt, IHU et les autres, c’est de la rigolade à côté ! Cette “GRH” à la sauce ESR explique aussi beaucoup de choses dans les difficultés des politiques de site.

DRH d’établissements, syndicalistes feront, je l’espère, une lecture beaucoup plus pointue que la mienne du bilan social 2017 du MESRI (portant sur 2016). C’est particulièrement vrai sur les différences H/F. Et on peut regretter que le MESRI n’en profite pas pour délivrer une véritable analyse comme savent le faire des entreprises. Aligner des chiffres, oui, mais leur donner du sens et les relier à une stratégie ça serait quand même mieux non ?

Je voudrais faire quelques remarques afin d’essayer d’avoir un débat rationnel et de percevoir quelques tendances.

Effectifs globaux en hausse, mais… Entre 2012 et 2016, les effectifs de l’ESR (titulaires et non titulaires) ont augmenté de 1,7 % passant de 197 749 à 201 044, mais essentiellement côté personnels BIATSS (+ 3,6%) tandis que la population enseignante a baissé (- 0,2 %). Clairement, ils n’ont donc pas suivi l’évolution des effectifs étudiants. Du côté des organismes de recherche, la tendance est à la baisse (-1,30%) de 2015 à 2016.

Le financement de l’ESR est toujours une question, on le voit avec les droits d’inscription. L’étalon-or reste la dépense par étudiant et le % du PIB affecté à la R&D : franchement, notre pays n’est pas au meilleur de sa forme sur ces questions, essentiellement pour les universités. Mais ce qui fait hurler aussi pas mal d’enseignants-chercheurs si j’en crois les réseaux sociaux, c’est le choix de recruter des “administratifs”, ce qui pour eux est évidemment péjoratif et signe de bureaucratie.

Priorité aux Biatss ? C’est à mon avis, LE problème majeur des moyens de l’ESR, avec l’immobilier. Comparé aux universités des pays développés, tout le système français est bâti sur une faiblesse structurelle du nombre des personnels de soutien. Il est toujours curieux d’observer comment ces chercheurs français, ébahis par les moyens des universités américaines, ne voient pas qu’avant tout ce sont ceux de l’environnement de l’enseignement et de la recherche.

Le ratio en France est de l’ordre d’environ 1 personnel de soutien pour 1 enseignant, quel que soit leur statut. Regardez les organigrammes des universités européennes : même si l’on ajoute les 19 000 personnels ouvriers des Crous, la France est hors des clous.

Combler ce retard permettrait aux enseignants-chercheurs de faire leur travail dans des conditions correctes, les recentrer non sur les “charges administratives” mais sur l’enseignement et la recherche : une grande partie des décharges de services, primes, HC, est liée à ce déficit de Biatss, avec un coût évident en termes d’efficacité (sans parler des doublons organismes-universités).

La progression, insuffisante, du nombre personnels Biatss est donc une bonne nouvelle ! D’autant que l’on assiste à une montée en qualification des personnels titulaires (+ de catégorie A et B).

“Précarité” stable de 2012 à 2016. On peut contester la part de non-titulaires mais contrairement à ce que l’on entend en permanence, la précarité n’augmente pas. Le rapport titulaire/non titulaire a légèrement baissé au profit des titulaires passant de 64,6 %/35,4 % à 64,8 %/35,2 %.

Soulignons d’ailleurs que cette notion de précarité fait débat pour les doctorants ou les Ater qui représentent près de 3/4 des enseignants non permanents. Côté personnels contractuels BIATSS, la part des CDI est passée de 16,9% à 17,6% (1,9% dans les EPST). Il s’agit là d’un débat politique : de quoi ces CDI sont-ils le signe ? Précarité ou professionnalisation à haut niveau ?

Pour résumer, les agents titulaires représentent près de 65% des effectifs (toujours hors personnels «ouvriers» des Crous) et 74,6% dans les EPST.

Taux de pression MCF/PR. Pour les MCF le taux de pression, égal au ratio nombre de candidats/nombre de postes, est de 7,2. Il varie d’une discipline à l’autre (le plus bas dans les disciplines juridiques et le plus haut en physique, en chimie et en sciences humaines). Pour les PR, il est de 2,7 et est le plus bas dans les disciplines juridiques et le plus haut en physique puis en mathématiques et informatique.

J’avais personnellement en tête une pression beaucoup plus élevée :  je me trompe peut-être mais la sélectivité ne me semble pas ‘hors norme”. Un autre indicateur mériterait d’être étudié, c’est celui de la très faible mobilité des enseignants-chercheurs, qui rejoint, mais pas seulement, celui de l’endogamie du milieu.

Les 35 000 villages gaulois. J’ai souvent évoqué le millefeuille de l’ESR français et ses 35 000 villages gaulois. On le comprend encore mieux en observant les catégories d’enseignants-chercheurs. Malgré les réformes, les discours, la France dispose encore de…40 catégories, réunissant parfois seulement quelques dizaines de fonctionnaires : professeur École centrale de Paris (oui pas les autres écoles Centrale évidemment 🙂), de l’Ensam, du Museum, Astronomes etc.

Et il existe 30 catégories de personnels administratifs et techniques et 13 catégories de non-titulaires (ATER…). Anecdotique ? Si personne n’a jamais réussi à donner un peu de cohérence à tout ça, on a eu du mal à croire aux promesses de simplification du paysage de l’ESR !

Notons, que les établissements dits RCE, ont 86,4% des effectifs en ETPT rémunérés sur crédits d’État et 13,6 % intégralement sur ressources propres.

Traitement indiciaire des enseignants (TI). Conséquences de l’inflation des catégories, le panorama des rémunérations est ubuesque. Exemple souvent cité, un prof de chaire supérieure a un traitement indiciaire moyen 53 829€ tandis qu’un PR de 2nde classe dispose de 48 910€… On ne parle pas évidemment des suppléments au traitement indiciaire.

Reste que l’examen des rémunérations montre, outre les différences H/F, la bombe à retardement que cela constitue en matière d’attractivité. Il paraît impensable que la France garde son rang face à la concurrence internationale dans ces conditions.

Régimes indemnitaires des enseignants-chercheurs et chercheurs. Plus de 180 M€ de primes et indemnités ( dont 1/3 pour la PRES et 1/3 pour la PEDR) ont été versées en 2016 aux personnels enseignants. Certaines primes pouvant être converties en décharges de service, ce total ne rend pas compte du montant des primes attribuées aux enseignants avant ces conversions. Là encore, on a une multitude de règles entre chercheurs, selon leur ministère de rattachement, voire entre universités et CNRS par exemple (alors même que PR-MCF et DR-CR ont vu leurs statuts alignés), et aussi entre EPST.

Faut-il compter aussi les 180 M€ d’heures complémentaires versées aux enseignants-chercheurs (ce qui représenterait une rémunération supplémentaire de plus de 3 600€ en moyenne annuelle ? Notons quand même que le seul avantage du maquis du régime indemnitaire dans l’ESR, c’est que contrairement aux primes opaques de Bercy, il est transparent, en plus d’être très faible.

Congés pour recherches ou conversions thématiques (CRCT). On croyait l’autonomie réclamée par les présidents d’université bien installée : l’évolution des CRCT attribués au titre du CNU ou des établissements, montre que la part du CNU augmente… En 2009/2010, 78% étaient attribués par l’établissement, en 2016/2017 71,8% ! Les contingents fixés pour les sections du CNU restent encore supérieurs à ceux fixés avant la modification d’avril 2009.

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